Icône « Mandylion »

Icône « non faite de main d’homme »
« Mandylion »
« Sainte face »

Icône écrite et bénie à Montréal en mai 2020 / Les Franciscains de l’Emmanuel.

Fêtée le 16 août chez les orthodoxes.

La Tradition rapporte que la première Icône eut une origine miraculeuse et ne fut pas faite de la main d’un homme. Le Seigneur Lui-même envoya au roi d’Édesse malade la représentation de Ses traits sur un linge. Depuis cette époque, les copies de ces traits divins portent le nom d’ « Icône non faite de main d’homme » ou d’ « Image sur le linge ». Une des plus vénérées de ces copies se trouve à la Cathédrale de Laon et a été apportée de l’Orient au Moyen Âge.

Sur cette Icône Mandylion, ou Icône non faite de main d’homme, il ne s’agit pas simplement du fait que le visage du Christ se soit imprimé sur un linge, il s’agit de quelque chose d’essentiel ; ce visage est la manifestation du miracle fondamental de l’économie divine dans son ensemble : la venue du Créateur dans sa création. Il est l’image, fixée dans la matière, d’une Personne divine visible et tangible, le témoignage de l’incarnation de Dieu et de la déification de l’homme. C’est une image par laquelle on peut adresser sa prière à son prototype divin. Il ne s’agit pas là seulement de la vénération de la forme humaine du Verbe divin, il s’agit d’une vision face à face : c’est « une image terrible que nous glorifions, rendus capables de le voir face à face » (Stichère des vêpres).

L’Image du Père non faite de main d’homme qu’est le Christ lui-même, image manifestée dans le Corps du Seigneur et devenue par conséquent visible, est un fait dogmatique. C’est pourquoi de quelque façon que nous comprenions l’expression « image non faite de main d’homme », que ce soit l’apparition dans le monde du Christ lui-même, Image du Père, que ce soit une image imprimée miraculeusement par lui-même sur un linge, que ce soit une image fixée dans la matière par des mains humaines – même si la différence est immense, – rien ne change essentiellement. C’est cela que l’Église exprime dans le mégalinaire du jour de la Sainte Face : « Nous te magnifions, Christ, Donateur de vie, et nous vénérons la très glorieuse représentation de ton visage très pur ».

Toute image du Christ contient et montre ce qui est verbalement exprimé par le dogme de Chalcédoine : c’est l’image de la deuxième Personne de la Sainte Trinité qui unit en elle sans séparation et sans confusion les deux natures, divine et humaine. Cela est témoigné dans l’icône par l’inscription de deux noms, celui du Dieu de la révélation vétérotestamentaire : O ÔN (Celui qui est) et celui de l’Homme : Jésus (Sauveur) Christ (Oint). « Dans l’image de Jésus-Christ venu dans la chair nous n’avons pas quelque parcelle de la révélation, ni un de ses aspects parmi d’autres, mais toute la révélation dans son ensemble. C’est dans cette image justement qu’il nous est donné de voir tout à la fois : la manifestation absolue de la Divinité et la manifestation absolue du monde devenu un avec la Divinité. C’est pour cela que l’apôtre nous prescrit d’éprouver tout le reste par cette image du Christ venu dans la chair ».

« Dirige nos pas à la lumière de ta face afin que, marchant dans tes commandements, nous soyons jugés dignes de te voir, toi, Lumière inaccessible ».

Le Messager orthodoxe, numéro spécial,
« Théologie de l’icône », No 112, 1989. Un peu d’histoire

https://www.pagesorthodoxes.net/eikona/icone-du-christ.htm

La Légende

Au temps de la vie terrestre de notre Seigneur Jésus-Christ, le roi d’Édesse, Abgar qui souffrait gravement de lèpre et d’inflammation des articulations, entendit parler des guérisons innombrables que Jésus accomplissait. Comme il ne pouvait se déplacer, ni même se montrer à ses sujets, il envoya à Jérusalem son archiviste, Ananie, muni d’une lettre adressée à Jésus, dans laquelle le souverain demandait au Sauveur de venir jusqu’à lui pour le guérir, et il lui proposait de s’installer à Édesse pour échapper aux machinations des Juifs. Il chargea en outre Ananie, qui était un peintre habile, de faire le portrait de celui dont on disait qu’il était Fils de Dieu. Arrivé à destination, Ananie remit la lettre au Seigneur qui se trouvait entouré d’une grande foule et, montant sur une pierre d’où il pouvait mieux le voir, il s’efforça de faire une esquisse. Mais il lui fut impossible de fixer les traits du Sauveur, car son visage semblait changer sans cesse d’aspect, sous l’effet de la grâce indicible qui s’en dégageait. Le Christ, qui sonde les cœurs et les pensées des hommes, devina le dessein d’Ananie et, voulant montrer qu’on ne peut séparer son humanité de sa divinité, Il donna satisfaction à son pieux désir en accomplissant un grand miracle. Il se fit apporter une petite bassine, s’y lava le visage et l’essuya avec un linge plié en quatre. Aussitôt ses traits se trouvèrent imprimés de manière indélébile sur ce Mandylion, sans le secours d’une main humaine. Il le remit alors à Ananie avec une lettre destinée à Abgar, dans laquelle Il expliquait qu’il lui fallait accomplir à Jérusalem le dessein éternel de Dieu pour le salut des hommes. Mais Il lui promettait qu’une fois sa mission terminée, quand Il serait remonté au Ciel, Il lui enverrait un de ses disciples, pour lui procurer le salut de l’âme et du corps.

Le roi Abgar reçut Ananie avec grande joie et se prosterna devant l’image de la Sainte Face avec foi et amour, de sorte qu’il se trouva presque complètement guéri de sa lèpre, à l’exception d’une plaie qui lui restait au front. Après l’Ascension de Notre Seigneur et la Pentecôte, le Saint Apôtre Thaddée fut envoyé à Édesse où, proclamant la Bonne Nouvelle, il baptisa le roi et une grande partie de la population. En sortant de la fontaine baptismale Abgar se trouva complètement guéri et rendit grâces à Dieu. Par la suite, il montra une si grande dévotion à l’Icône « Non Faite de main d’homme » qu’il la fit placer dans une niche, où se trouvait préalablement une idole, au-dessus de la porte principale de la ville, avec l’inscription: « Christ Dieu, quiconque espère en Toi ne connaîtra jamais le malheur. » Et tous ceux qui entraient dans la ville devaient la vénérer. Il en fut ainsi pendant tout le règne d’Abgar et de son fils. Mais lorsque son petit-fils s’assit sur le trône, il entreprit de faire retourner son peuple au paganisme et forma le projet de détruire l’Icône. Averti de ce dessein par une vision, l’Evêque d’Édesse fit boucher la niche où se trouvait l’Image, après avoir placé devant elle une lampe allumée.

De nombreuses années passèrent et, bien que le royaume fût redevenu Chrétien, on oublia néanmoins l’existence de l’Icône. Lorsque le roi des Perses Chosroês assiégea la ville (en 544), jetant tous ses habitants dans une grande angoisse, l’Évêque d’alors, Eulalios, eut une vision lui révélant l’endroit où se trouvait l’Icône du Sauveur, par la protection de laquelle ils pourraient vaincre. L’Évêque fit dégager la cavité, et quelle ne fut pas sa surprise en découvrant non seulement l’icône intacte, mais en constatant aussi qu’après cinq cents ans, la veilleuse se trouvait encore allumée. De plus, sur la brique qui bouchait la cavité, il trouva imprimée la réplique exacte de l’image de la Sainte Face. Les habitants rassemblés en hâte formèrent une longue procession, portant les deux Saints trophées dans un grand tumulte, qui jeta l’effroi dans les rangs des assiégeants. Et quand l’Évêque les aspergea avec l’huile de la veilleuse, elle se transforma en un feu ardent qui leur fit prendre la fuite.

Tombée quelques années après aux mains des Perses, puis reprise par l’empereur Héraclius (628), la ville d’Édesse fut bientôt conquise par les Arabes. L’armée chrétienne l’ayant reprise, l’empereur Romain Lécapène s’empressa de faire transférer à Constantinople le Saint Mandylion et les lettres d’Abgar (15 août 944). Accueillie par une foule immense, la Sainte Image, prototype de toutes les Icônes chrétiennes fut d’abord déposée dans l’église des Blachernes, puis, le lendemain, à Sainte-Sophie, et de là dans l’église de la Mère de Dieu du Phare, dans l’enceinte du palais, pour la protection de la Reine des villes et de tout le peuple.

https://www.histoire-russie.fr/icone/saints_fetes/textes/mandylion.html